Chaussure de trail – ce que les crampons changent sur un sentier

J’ai acheté ma première chaussure de trail pour une raison qui n’a rien d’héroïque : les chemins autour d’Orvault sont boueux de novembre à mars, et je glissais. Trois saisons plus tard, j’en suis à ma troisième paire, et j’ai compris que les crampons dont tout le monde parle ne sont ni le premier ni même le deuxième critère.

Une chaussure de trail, ce n’est pas une route avec des pointes

La différence que j’ai mis le plus de temps à sentir, c’est la rigidité en torsion. Prenez une chaussure de route par les deux extrémités et tordez-la : elle vrille facilement. Une chaussure de trail résiste, parce que sur une pierre saillante le pied doit rester aligné au lieu d’épouser le relief. Cette raideur est ce qui protège la cheville, bien plus que la hauteur de la tige.

La deuxième différence est la protection de l’avant-pied. Un pare-pierres en caoutchouc sur le bout, une plaque de protection sous la semelle intermédiaire. J’ai compris à quoi ça servait en tapant une racine à vingt-huit minutes de la voiture, avec une paire de route. L’ongle a mis quatre mois à repousser.

La troisième, plus discrète, est le maintien du talon. Sur un chemin en dévers, le pied cherche à partir sur le côté dans la chaussure. Une contrefort rigide et un laçage qui remonte haut empêchent ça. C’est aussi ce qui rend ces chaussures désagréables sur bitume, où rien de tout cela ne sert.

Les crampons : utiles, mais pas comme on l’imagine

Voilà ce que trois saisons m’ont appris sur la semelle, et ça ne correspond pas à ce que j’attendais en achetant.

  • Hauteur de 3 à 4 mm. Polyvalent, sentier sec à humide, racines, cailloux. C’est quatre-vingt-dix pour cent des usages amateurs et c’est ce que j’ai aujourd’hui.
  • Hauteur de 6 à 8 mm. Boue grasse et herbe mouillée uniquement. Sur un chemin sec et caillouteux, ces crampons hauts se plient sous le poids et donnent une sensation d’instabilité, ce qui est exactement l’inverse du but. Ma deuxième paire était comme ça, et je la ressortais trois fois par hiver.
  • L’écartement compte autant que la hauteur. Des crampons serrés retiennent la boue, qui forme un bloc et transforme la semelle en patin. Des crampons espacés s’auto-nettoient à chaque foulée. Personne ne met ça sur l’étiquette, il faut regarder la photo de la semelle.

La gomme compte aussi, et c’est le seul domaine où les marques spécialisées justifient leur prix. Une gomme tendre accroche sur la pierre mouillée et s’use vite sur le gravier. Une gomme dure fait l’inverse. Sur un parcours mixte, je préfère largement perdre en adhérence sur le rocher que me retrouver avec des crampons arasés au bout de trois cents kilomètres.

Imperméable ou pas : mon avis a changé

Ma première paire était à membrane imperméable, parce que ça semblait évident pour la boue bretonne. J’ai mis deux hivers à comprendre que c’était une erreur pour mon usage. Une membrane empêche l’eau d’entrer par le dessus, et elle empêche aussi l’eau d’en sortir. Le jour où on marche dans une flaque qui dépasse la tige, la chaussure reste pleine pendant deux heures.

Ma paire actuelle n’a pas de membrane. Elle se remplit tout de suite et se vide tout de suite, et après vingt minutes de course elle est à peu près sèche. Je garde des chaussettes en laine mérinos, qui tiennent chaud même mouillées, et c’est ce duo qui m’a réconcilié avec les sorties de février.

La membrane reste pertinente pour marcher, pour une sortie courte par temps froid, ou pour quelqu’un qui a froid aux pieds facilement. C’est un choix d’usage, pas un critère de qualité, et le rayon le présente toujours comme une montée en gamme.

Les chaussettes, et autres détails qui pèsent plus que la chaussure

Il m’a fallu deux hivers pour admettre qu’une partie de ce que je reprochais à mes chaussures venait de ce que je mettais dedans. Des chaussettes en coton sur un chemin humide, c’est la garantie d’une ampoule au bout de huit kilomètres : le coton se gorge d’eau, se tasse, et forme un pli qui frotte toujours au même endroit.

Je suis passé à de la laine mérinos, autour de 16 euros la paire, et le changement a été plus net que mon passage d’une chaussure à 79 euros à une chaussure à 135. Trois paires suffisent, elles sèchent vite, et elles ne sentent presque rien même après trois sorties, ce qui règle une partie du problème d’entretien.

Deuxième détail, les guêtres basses. Un morceau de tissu élastique autour de la cheville, 20 euros, qui empêche les cailloux et les graines de rentrer par le col. Avant, je m’arrêtais deux fois par sortie pour vider une chaussure. Depuis, jamais. Pour le prix d’un plein d’essence, c’est l’accessoire le plus rentable que j’aie acheté.

Troisième détail, et celui-là surprend : lacer plus serré qu’en ville, mais seulement sur le haut du laçage. Le pied gonfle en descente, et un serrage uniforme comprime les orteils au moment précis où ils ont besoin de place. Je laisse les deux premiers œillets souples et je verrouille les deux derniers.

Le budget et la durée de vie réelle

J’ai payé 98 euros ma paire actuelle, modèle de l’année précédente acheté en avril. Les deux précédentes étaient à 135 et 79 euros. Celle à 79 euros a tenu 350 kilomètres avant que les crampons soient arasés, celle à 135 en a fait 700, et l’actuelle est à 480 avec une semelle encore correcte.

Le point d’usure qui décide, chez moi, n’est pas la semelle mais la maille sur le côté du petit orteil. Les ronces et les cailloux l’attaquent, un trou apparaît, et la chaussure prend de la terre à chaque pas. Deux de mes trois paires sont mortes par là. Un modèle avec un renfort latéral soudé plutôt que cousu dure sensiblement plus longtemps, et ça se voit à l’œil en magasin.

Pour la pratique elle-même et son vocabulaire, la page encyclopédique sur le trail donne un cadre utile, surtout si vous venez de la route et que les distances annoncées en dénivelé plutôt qu’en kilomètres vous laissent perplexe.

Une paire de trail se salit beaucoup plus qu’une paire de route, et mal entretenue elle perd un tiers de sa durée de vie : les méthodes que j’utilise sont dans la rubrique entretien. Si votre terrain est plutôt le trottoir que le sentier, les critères sont ailleurs et se lisent dans le choix des chaussures de sport.

Trois saisons et trois paires plus tard, voilà ce que je regarde en premier : la rigidité en torsion, le renfort latéral, l’écartement des crampons. La hauteur des crampons vient en quatrième, et l’imperméabilité en dernier. C’est l’ordre inverse de celui des arguments en rayon.